La fin de l’histoire

Je viens de terminer, perplexe, la lecture de Made in Mauritius, de Amal Sewtohul, couronné du Prix des Cinq continents de la Francophonie. Perplexe en raison de la tombée du récit, de son dénouement.

Disons d’emblée que j’ai beaucoup aimé cette histoire d’errance sédentaire et de quête d’identité. Laval est un enfant de 8 ans, honni par une mère pour qui cette naissance a brisé tous les rêves, et battu par des parents se servant de lui comme exutoire à leurs désillusions. Mais ce n’est pas un récit de violence, du moins, pas ce type de violence faite de coups sur lesquels le narrateur ne s’appesantit jamais. C’est plutôt une histoire de quête d’identité sans fin, de filiation douloureuse et de déracinement. D’incommunicabilité des êtres aussi. Là est la dureté, la cruauté ordinaire de la vie.Mauritius

Laval a été conçu hors mariage. Le couple fautif sera chassé de Hong Kong par la famille qui aura d’abord forcé leur union. Expédiés chez un oncle, à l’île Maurice, ils vivront d’expédients dans le plus grand dénuement. Laval, le fils mal-aimé, vit dans le conteneur qui les a suivis depuis Hong Kong. Il se fait un ami, Feisal avec qui il vadrouille dans Port Louis. Son seul ami. Ils sont tous deux amoureux de Ayesha, la cousine de Feisal.

Leurs escapades et errances dans la ville de leur enfance, constitue, à mon sens, la partie la plus savoureuse de ce livre. On en redemanderait. Mais ils grandissent. Ayesha obtient une bourse et part étudier le droit en Australie. Les deux garçons n’ont pas eu cette chance et restent à Port Louis, chômeurs, désâmés. Un an plus tard, ils mettent eux aussi le cap sur l’Australie, à la recherche de Ayesha. Je ne vous dévoilerai pas la suite de l’histoire qui se termine sur une phrase qui m’a glacé le sang.

Bien sûr, tout roman doit avoir une conclusion. Mais celle-ci n’est pas toujours évidente. Ici, elle me semble précipitée, un peu forcée. Me laisse mal à l’aise. Avec l’impression que l’essentiel m’a échappé.

Mais quel dénouement n’est pas un mauvais moment à passer? Parfois il nous est incompréhensible, ou trop explicite. Il arrive qu’il coule de source, nous étonne, nous choque ou nous déçoive. Chaque lecture ne renouvelle-t-elle pas le risque de l’attachement et de la défection? Chaque fin d’histoire n’est-elle pas un adieu, un petit deuil? Deuil des rencontres éphémères, comme on en fait parfois en voyage, avec des gens qu’on aurait aimé connaître davantage, mais que nous abandonnons derrière nous sur le chemin de la vie.

Lire aussi:

« Made in Mauritius » : Amal Sewtohul renouvelle la littérature mauricienne

«Il y a du Bernardin de St-Pierre, mais aussi quelque chose de Salman Rushdie et d’Arundhati Roy dans le nouveau roman du Mauricien Amol Sewtohul. Made in Mauritius est le troisième livre sous la plume de ce romancier talentueux.»

Made in Mauritius dans lemauricien.com

«Un roman truculent, foisonnant, fantaisiste. Un roman à l’image de Maurice: riche d’un enchevêtrement de routes, de récits, de destins, d’amours, de déceptions, de querelles, de contradictions, d’aspirations.»

 

Amal Sewtohul, Made in Mauritius, Continents noirs, Gallimard, 2012, 307 pages

Une réflexion sur « La fin de l’histoire »

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s