Merveilleux compagnons de voyage

Québec — Amiens (autobus — avion — TGV — autobus) : 18 heures entre le départ de la maison et l’arrivée chez nos amis d’Amiens. Autant d’heures pour le trajet Paris —Montréal — Fort Lauderdale. Enfin, cap sur Québec en passant par Montréal. D’innombrables heures magiquement métamorphosées par les merveilleux compagnons de voyage que sont les livres.

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L’allée fut accompagnée par Le retour du professeur de danse d’Henning Mankell et dont je vous ai parlé dans un précédent billet. J’avais également emprunté à la bibliothèque, en modiglianiversion numérique, Mrs Dalloway de Virginia Woolf. Lecture trop exigeante pour les lieux grouillants que sont les aéroports et les avions. Cette rencontre a été remise à plus tard. J’ai donc dû me procurer un autre bouquin et je suis tombée sur Le scandale de Modigliani, le premier roman de Ken Follett publié en 1976. Amusant, léger. L’auteur met en scène divers personnages qui gravitent autour du commerce des tableaux et illustre la vénalité et l’ignorance qui accablent certains de ces acteurs. Nous sommes loin ici des romans de maturité de Ken Follett bien qu’on y reconnaisse
le foisonnement des figures et des lieux qui caractérise son œuvre.

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En Floride, le temps gris et extrêmement venteux a favorisé la station assise ou semi-allongée, à l’extérieur ou à l’intérieur, les coudes en appui sur les bras d’un gelfauteuil et les mains amoureusement refermées sur un de ces objets du désir. Encore une fois, mon cher Mankell m’a tenu compagnie. Dans Avant le gel, Mankell nous livre une enquête policière habilement ficelée, avec la particularité de faire intervenir Linda, la fille de Wallender. Dans l’attente anxieuse de son entrée dans le corps de police de Ystad, la jeune femme est impliquée dans l’enquête et y joue un rôle majeur. Mankell en profite pour faire place aux relations
complexes, tendres ou douloureuses et souvent orageuses qu’entretient Linda avec ses géniteurs, ajoutant ainsi à la tension inhérente au sujet. Fidèle à son habitude, l’auteur dépasse l’anecdote en explorant ici le thème des sectes et des dérives auxquelles elles ont parfois donné lieu.

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Enfin, à 82 km de Québec, je tournais la dernière page d’un des meilleurs livres de Mankell: Le cerveau de Kennedy. Louise Cantor, archéologue, trouve Henrik, son fils unique, mort dans son lit. La police conclut au suicide. Sa mère, refusant ce verdict, croit dur comme fer à un meurtre et n’aura de cesse de tenter d’élucider les circonstances de cette disparition.

Il était mort à présent. Et elle aussi était morte. Elle pleurait par vagues, par bourrasques de pluie qui se déversaient puis se retiraient très vite. Le temps n’avait plus aucune signification. Elle ne savait pas depuis quand elle attendait.[…] elle pensa que jamais Henrik ne lui aurait infligé volontairement la pire des souffrances, quelles qu’aient été ses difficultés : jamais il n’aurait lui-même attenté à sa vie, elle en était la garantie.

Avec qkennedy.jpguelques autres, cette œuvre nous fait pénétrer des mondes qui nous seraient sinon inaccessibles. Ce livre nous amène en Afrique, plus précisément au Mozambique, pays que Mankell connaît bien pour en avoir fait son principal lieu de résidence. [P]récipitée corps et âme dans un gouffre sans fond, Louise Cantor déterrera tesson par tesson les fragments de l’histoire de son fils, découvrant non sans désarroi, sa double vie, ses noirceurs comme ses idéaux, ses joies et son désespoir. Au risque de sa vie, elle s’enfoncera dans les réalités troublantes qui se cachent sous certaines grandes causes dites humanitaires.

«Beaucoup pensent sérieusement que l’avenir du continent africain est déjà derrière lui, et qu’il ne reste, à l’infini, que de douloureuses périodes de misère pour ceux qui auront eu la malchance de naître dans cette région de la terre. Qui se soucie au fond de l’avenir de ce continent? Je veux dire à part ceux qui y ont des intérêts particuliers, que ce soit pour les diamants d’Afrique du Sud, le pétrole angolais ou les talentueux footballeurs du Nigéria?»

Le maître du polar suédois nous a livré ici une de ses meilleures œuvres. On retrouve l’indignation sociale et géopolitique propre à ce romancier, chantre policier de l’humanisme angoissé*. On ne saurait mieux dire.

*Citation signée Télérama, en quatrième de couverture.

Henning Mankell, Le retour du professeur de danse, version numérique, 2000

Henning Mankell, Avant le gel, 2002

Henning Mankell, Le cerveau de Kennedy, 2009

Ken Follett, Le scandale de Modigliani, 1976

 

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