Un hiver en Floride

Je passe l’hiver en Floride. Vive l’hiver! Ne voyez pas en ceci une facétie ou un pied de nez à ceux qui le passent les deux bottes dans la gadoue des villes ou les deux skis dans les pistes immaculées de nos austères forêts d’épinettes. Non, entendez dans cette joyeuse exclamation mon bonheur d’être là où je suis, dans le Sunshine State de notre gros méchant voisin.

Pour certains, ce bonheur se passe d’explication. Il va de soi. Il tombe sous les sens. Mais pour d’autres, dont je suis, ma félicitée demande une analyse, des explications, une justification même. Car, de plus en plus souvent, l’opinion publique associe les Américains au camp des méchants. Quelle idée de fréquenter ceux dont on dénonce avec raison l’impérialisme, la folie consumériste, la droite délirante, la malbouffe, l’obésité, l’endettement,  le gaspillage, et quoi encore? Tout cela est incontestable. Cependant, à y regarder de plus près, nous partageons toutes ces tares du grand frère que nous imitons fidèlement et dans l’ombre duquel nous nous tenons hypocritement, tout en dénonçant chacun de ses faux pas. Sur la base de quelle vertu pouvons-nous démoniser ce pays siamois? Bien sûr, il est toujours tentant de penser que nous seuls avons le pas. Nous aimons assez nous gargariser avec l’idée que notre pays est un de ceux où il fait le meilleur vivre au monde. Ce qui n’est pas complètement faux, mais bon dieu! qu’il y fait froid!

Sur le fond, je m’autorise donc, moralement, à fréquenter ce voisin capable du pire et du meilleur, et de grapiller un peu de leur été de douze mois. Et des douceurs qui viennent avec. Surtout la mer. Ah! la mer. Vue de mon 18e ou vue de la plage. Dans son étendue majestueuse ou dans l’écume qui se brise sur nos pieds. Spectacle fascinant que la mer et  le sable engagés dans un immémorial pas de deux, timides ou déchaînés, fidèles à jamais.  Avec ça, le soleil, la verdure, les oiseaux, les fleurs. Toute une ivresse que, chez nous,  le froid met en conserve de novembre à mai. Tant qu’à moi, le vert bat le blanc à plate couture. Et le sable chaud et l’herbe fraîche sont plus doux à mes pieds que le fond d’une botte qui crisse sur la neige durcie. Et je préfère la tiédeur de l’air du soir sur ma peau nue que la chaleur de mon appartement dans lequel je m’encabane des mois durant. C’est fou non? N’est-ce pas une trahison pour une Québécoise de préférer la clémence de l’hiver floridien aux rigueurs de son pays de glace? Ne serais-je pas supposée adorer la neige, le froid et les merveilleux sports tonifiants?

Je laisse les délices givrés à ceux qui savent les goûter et je m’allonge sous mon parasol avec le dernier livre d’Antonine Maillet ayant pour titre Fais confiance à la mer, elle te portera (pure coïcidence?). Le vent tiède me caresse, le bruit des vagues me berce. Vient un moment où le livre me tombe des mains et que, baignant dans un indescriptible bien-être , je sombre dans un sommeil regénérateur. Oui, décidément, vive l’hiver!

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